Bah je sais pas, je suppose qu’avec la vitesse le nez de l’avion devient plus léger et ça vole…

Comment vole un avion ? A cette question, j’avais beaucoup aimé cette réponse d’un ami, qui, oui, regrette amèrement.

Le vol d’un avion est bien énigmatique. Pour celui qui ne sait pas cela s’apparente à de la magie, pour celui qui sait cela s’imagine, se visualise, mais la complexité du tout rajoute du mystère, parfois de la crainte, ou encore même de la peur.

Parce que supposons que la physique est bien rodée, comment pouvons-nous avec certitude monter dans un avion sans craindre une panne ? Plusieurs ? Ou encore que les ailes s’arrachent, laissant tomber dans un chant incontrôlé les cris effrayés de dizaines de familles. Non les boules, sans dec, ça fait chier.

Nous allons concrètement éclaircir les zones floues, rendre les choses palpables, tangibles, sûres. L’objectif ici, ce n’est pas de fuir une peur, mais plutôt de la rassurer, puisqu’au fond la peur de voler c’est surtout une nécessité de comprendre, une curiosité qui se devient besoin.

Dans tous les cas, je resterai disponible dans les commentaires.

Voler sans moteurs

Comment vole un avion ? Si la question vous hante l’esprit, la réponse a déjà été donnée ici (lien mort).

Mais quelque chose est particulièrement intéressant avec ces gros avions des compagnies aériennes.
Déjà, voyons l’équation qui résume l’effet de portance exercé sur les ailes :

Rz = ½ ρ x S x V² x Cz

Je sais je sais, ça parle pas, mais attendez un instant. On s’en fout de ce que ça veut dire. Oui oui ! On est dans le même camp vous et moi !

On va juste retenir une chose ici, c’est que la portance, Rz, est proportionnellement équivalente à la surface de l’aile S et la vitesse au carré, V².

Donc, plus l’aile est énorme, plus la vitesse est importante, mieux on vole !
…ça vous parle pas hein ?

Bon, tapons dans le concret alors, je vous présente deux avions, un Cessna 152, l’un des avions les plus utilisés dans le monde pour apprendre à voler, et un Airbus A320, un gros machin super SWAG :

Lequel plane le mieux vous pensez ? Le C152 avec ses 750kg ou l’A320 du haut de ses 78 tonnes ?

Vous avez deviné ?

Et oui, c’est bien l’A320 !

Sans rentrer dans les détails techniques, voilà un exemple très parlant que je tiens du livre 6 minutes 23 secondes séparent l’enfer du paradis : si un A320 perdait ses deux moteurs au dessus de Bruxelles, ils pourrait planer jusqu’à Paris.

Bon, ça dépend de l’altitude de l’avion et du vent, mais vous saisissez l’idée.

Ou encore, l’exemple du vol 9 de British Airways :

Sans poussée fournie par les moteurs, le Boeing 747-200 plane relativement bien : pour un kilomètre perdu en altitude, l’avion aura parcouru 15 kilomètres horizontalement.

L’équipage détermina rapidement qu’à l’altitude où l’avion était situé (37 000 pieds, soit environ 11 000 mètres), il pouvait planer pendant 23 minutes et parcourir 169 kilomètres.

L’efficacité qu’aura l’avion à planer tiendra de la surface de ses ailes et de sa vitesse. Pour les ailes, on lui fout deux énormes trucs métalliques bien accrochés à la carlingue. Pour la vitesse, il suffit d’un peu baisser le nez pour accélérer.

Si l’avion vole grâce à ses ailes, bah si elles tombent, on meurt ?

Oui.

Bah oui, concrètement, sans ailes on tombe de façon plus au moins ordonnée puis on meurt tous. On ne sentira pas grand chose, et puis certains s’évanouiront avant, d’autres prendront du vomi dans la figure, les plus chanceux auront aussi de l’urine. Mais au final tout sera aplati au sol en quelque sorte.

Et c’est bien pour ça que les ingénieurs qui bossent sur des avions qui coûtent des dizaines ou des centaines de millions d’euros en font une bonne priorité. Non parce que, une panne même dégueulasse et super reloue, on peut gérer plus ou moins, mais perdre ses ailes, bon…

Je lis pas mal sur le sujet, je n’ai pas vu d’accident de la sorte. Pourtant, quand on a commencé dans l’aviation civile, on en a eu des accidents évitables (pour les plus curieux, allez lire les Erreurs de pilotage).

Et les ailes, en plus d’être travaillées par des dizaines d’ingénieurs, sont testées :

Et puis, il faut voir le prix des avions pour saisir le travail et la garantie apportée à la compagnie aérienne !

Ce sont des prix globaux, sans les options et sans compter les différentes négociations qu’il peut y avoir. Ce graphique vient d’un MOOC réalisé par l’ENAC sur fun-MOOC.

Donc quand Air France achète son A380 400 millions d’euros, il achète de la qualité Madame Monsieur !

Ouais, mais si le pilote est un suicidaire comme le connard d’allemand ?

Ce n’est pas le premier à s’être suicidé avec son avion, j’ai cru lire 5 cas avant celui-ci si ce n’est plus.

L’aviation est connue pour être très sûre. Ce n’est pas une simple image, dès qu’une occasion d’améliorer la sécurité se présente elle est saisie.

Déjà, un pilote, c’est une personne qui en chie. Non, pardon, moi je table sur 7 années de galères financières, de travail acharné sur des trucs relous, avec des gros prêts de malade sans aucune garantie de trouver du boulot. Aussi, je peux simplement tomber malade ou perdre un bras, et tous ces efforts seront vains.

Beaucoup de pilotes commencent avec un prêt avoisinnant les 120 000€. Déjà, là, il y a une sélection sur la ténacité et sur la motivation.

Ensuite, des tests médicaux et d’aptitude en simulateur sont effectués tous les 6 mois. Il y a beaucoup de pilotes qui cherchent du travail, la sélection est rude. Les compagnies prennent les meilleurs. Il y a beaucoup de filtres de ce genre. Ce connard allemand, voilà, c’est un fils de pute, les hommes sont des hommes oui.

Mais pensez bien que 80 000 vols se font chaque jour, on parle d’un cas, sur des années d’aviation. Un cas malheureux, mais, un cas.

Rationaliser

Il y a des centaines d’accidents ou d’incidents dans le monde de l’aviation, très peu d’entre eux débouchent sur des décès ou même des blessés. Encore récemment le moteur d’un avion a explosé en plein vol, ou un avion s’est enflammé et a explosé après avoir atterri. Aucun blessé, aucun décès parmi les passagers.

Je prends des cas extrêmes qui sont eux-même très rares, vous saisissez cependant l’idée.

 

Je vole autant que je le peux, et il n’y a aucun courage là-dedans.

Le risque zéro n’existe pas, mais il faut voir tous les nombres à côté du-dit zéro, voyez encore cette carte des avions qui volent très bien juste là pendant que vous lisez cet article :

Les avions commerciaux peuvent prendre des altitudes jusqu’à 30 000 pieds par là.

Quand moi je vole en C152, je vais plutôt vers les 1 500 ou les 2 000 pieds. J’ai fait des simulations de panne moteur, et avec l’entraînement, les choses se font tranquillement, et sans crainte un champ se trouve et l’atterrissage se prépare.

Une fois j’ai volé à 5 000 pieds, et je me suis imaginé une panne moteur, j’aurais eu « beaucoup » de temps pour préparer l’atterrissage. Imaginez alors un Airbus, comparé à mon bouchon de liège !

Les vols commerciaux prévoient une route sur laquelle, en tout temps, il y a au moins un aéroport de dégagement accessible avec seulement un moteur.

Avoir peur est raisonnable, mais retenez que tout est bruit pour qui a peur, entourez-vous de proches pour votre premier vol et vous verrez combien c’est touchant de toucher les nuages qu’on rêvait inaccessibles depuis tout jeune !

 

J’espère que cet article aura été utile ou intéressant, si vous avez des questions je me ferais une joie d’y répondre en commentaire.

Pour vous quitter, je vous laisse une vidéo somptueuse, de ce qui moi me fait rêver jour et nuit, littéralement.