Depuis octobre dernier j’attends avant de reprendre mes vols. J’approche la fin de ma licence, je suis impatient à l’idée de partager mon amour du vol avec mes amis, à l’idée de faire découvrir cette passion à d’autres.
Mon objectif principal c’est pilote de ligne, alors pour ça, il faut que je sois apte.

  • Déjà acquise, la classe 2 me permet de voler pour le plaisir, sans salaire.
  • Ce qui me manque c’est la classe 1 qui me permettra de voler pour vivre, payé.

Alors direction l’hôpital Robert Picqué, avec beaucoup d’appréhension parce que je ne suis pas convaincu d’avoir ma classe 1. Mais au pire des cas, je volerais pour le plaisir seulement, ce qui n’est pas si mal.

Désenchantement

Mes yeux me lâchent, alors que beaucoup aiment me dire qu’ils les charment.

Les couleurs, je les dissocie mal. Le relief, je ne le vois pas ou sinon je le vois d’une manière non agréé par la Direction Générale de l’Aviation Civile. Je dissocie les images de mes deux yeux, c’est-à-dire que je regarde principalement de mon œil gauche, de mon œil droit qu’en cas de besoin.

Avec un défaut j’aurais put demander une dérogation et voler.

Avec tous ces défauts je suis inapte.

Inapte pour la classe 1, et pour la classe 2.

Fin

Ma classe 2 m’a été donnée par un vieux gars peu consciencieux, j’en ferais part par courrier à la DGAC d’ailleurs.

Et j’apprends après 50 heures de vol, tout proche de la fin de ma licence et de mes efforts, tout près de pouvoir dire à mes amis qu’après 3 ans endurés à me sacrifier et à travailler j’ai réussi, que je ne suis pas apte à voler.

Mes 50 heures je les ai très bien effectuées. Je volais bien. J’atterrissais bien. Je n’ai pas vu de cercles colorés dans le ciel où je devais déchiffrer des nombres au risque de tuer mes passagers. Je n’ai jamais été embêté par le relief puisqu’à partir de 80m la vue de celui-ci devient inefficace. Oui mais les nuages ? On s’éloigne toujours de 1,5km de ceux-ci.

Je voulais devenir pilote pour voler, mais aussi pour améliorer la sécurité du ciel, je voulais en devenir un vrai acteur. Mais je suis dangereux, je ne comprends pas vraiment pourquoi ou comment je suis dangereux, mais je le suis.

Il n’y a pas une nuit où je ne me couche pas en m’imaginant dans un cockpit, simulant un vol ou une panne. Dans le tram ou dans le bus je m’imagine ces mêmes scénarios. Quand je regarde le ciel je m’y vois, ou j’y vois les autres, que je suis depuis une application de mon téléphone. Un grand nombre de mes bouquins parlent d’aviation.

Mon métier sera autre chose, ce n’est pas bien grave.

Mais jusqu’à ma mort je regretterais de ne pas pouvoir voler, parce que je suis dangereux et que personne n’attend de preuve du contraire.

C’est la fin d’un long chapitre de ma vie. Qui lui aussi finira incomplet. Mais il sera celui que je regrette amèrement, celui qui me rendra triste rien qu’à la vue du ciel ou d’avions.

Je me refuse le tunnel de pensées nauséabondes, j’ai ma Marion, j’ai mon appartement sympa avec elle, notre petit chat, ses petits plats. Je ne suis pas malheureux, je suis triste.

C’est un article sans grand sens, mais ce jour est un point tournant dans ma vie. Je n’imaginais pas le virage si serré, et je vais devoir faire avec. J’ai eu pas mal de messages de réconfort, il y a quelques années j’en aurais peut être eu un, tout au plus. Alors merci à vous, puis bon, on se fera un monde meilleur sur Terre plutôt qu’aux cieux.